Mes projets PFAS

Mes recherches empiriques s’inscrivent dans une approche sociologique des risques chimiques et de la gouvernance environnementale. Elles interrogent la manière dont les sociétés perçoivent, interprètent et agissent face à des pollutions invisibles qui traversent les frontières techniques, politiques et morales.


🟩 1 — Mobilisations citoyennes et reconnaissance publique des pollutions

Cet axe porte sur les mobilisations citoyennes autour des contaminations aux PFAS et sur la manière dont elles transforment les rapports entre science, institutions et publics.
Dans le cadre du projet ISOPHERI (financé par la Maison des Sciences Humaines et Sociales de Toulouse, coordonné par Saliha Hadna Bremand) dont j’étais le responsable de la partie sur l’Italie, j’ai mené une enquête de terrain en Vénétie. J’ai analysé comment des collectifs de riverains, d’associations et de lanceurs d’alerte parviennent à rendre visible une pollution invisible, à produire des savoirs situés, à interpeller les autorités publiques et à participer au procès contre les dirigeants de la compagnie Miteni de Trissino (Vicence), qui s’est achevé en juin 2025 par la condamnation de 11 prévenus.
Cet axe s’intéresse à la construction d’une parole profane légitime et à la façon dont l’expérience ordinaire de la contamination devient un levier politique et scientifique.


🟨 2 — Politiques publiques et fabrication de l’ignorance

Les PFAS questionnent la manière dont les sociétés gouvernent l’incertitude et hiérarchisent les savoirs.
Cet axe explore les politiques publiques du risque chimique et les mécanismes par lesquels certaines formes d’ignorance — volontaires ou non — sont produites, entretenues ou mobilisées.
Il s’agit de comprendre comment la régulation environnementale et sanitaire se confronte à la lenteur et à l’absence de la preuve scientifique, et comment les institutions publiques, les entreprises ou les dispositifs d’expertise participent à la “fabrique de l’ignorance” autour des polluants persistants.


🟪 3 — Sciences participatives et PFAS

Projet : PFAS-CO, UT2J (Coordinateur)

Cet axe interroge le rôle des sciences participatives dans la connaissance et la gestion des pollutions chimiques.
Les projet PFAS-CO (Sociologie de l’ignorance, science citoyenne et PFAS : comprendre, co-produire et communiquer les données sur l’eau), en collaboration avec l’association de Cugnaux La Goutte d’eau, étudie la manière dont des programmes associant chercheurs et citoyens produisent de nouvelles données sur les expositions à l’eau contaminée.
Ces initiatives permettent de repenser les frontières entre savoir scientifique et expérience ordinaire, et ouvrent la voie à des formes renouvelées de gouvernance environnementale et sanitaire.


🟧 4 — Exposition aux PFAS et injustice environnementale

Les polluants persistants ne touchent pas tous les territoires et groupes sociaux de la même manière. Cet axe analyse les inégalités liées à l’exposition et à la reconnaissance des atteintes environnementales et examine les écarts entre territoires exposés et non exposés, les disparités dans l’accès à l’information et les différences de ressources pour faire valoir un préjudice environnemental. Il met en lumière les tensions entre vulnérabilité, action collective et légitimité institutionnelle dans les territoires affectés. Le concept d’exposome social est ici utilisé, pour rendre compte des facteurs sociaux qui causent les inégalités territoriales et l’injustice environnementale.

⚙️ Méthodes et approches

Mon travail repose sur des enquêtes qualitatives et ethnographiques :
entretiens avec des acteurs institutionnels, scientifiques et associatifs, observation de réunions publiques, analyse documentaire et suivi des controverses.
J’expérimente également des méthodes mobiles innovantes, telles que les entretiens en marchant et les soliloques itinérants, pour saisir la manière dont les personnes affectées par la contamination décrivent, ressentent et incarnent leur rapport au risque. Ces approches visent à rendre compte des dimensions sensibles, temporelles et territoriales des pollutions invisibles.

L’entretien mobile en marchant permet d’accéder à des savoirs situés et incarnés, car le déplacement dans l’espace stimule la mémoire, les perceptions (couleurs, odeurs, bruits) et les émotions des enquêtés. Il favorise aussi l’émergence de dimensions implicites du quotidien, souvent difficiles à verbaliser dans un cadre d’entretien classique. En combinant observation et discours, il offre la possibilité d’articuler ce que les individus disent avec ce qu’ils font réellement dans leur environnement.

La méthode du soliloque itinérant, développée notamment par Lorenzo Natali (criminologue de l’Université Milan Bicocca), est une technique qualitative dans laquelle l’enquêté se déplace seul dans un espace donné tout en verbalisant à voix haute ses pensées, perceptions et sensations, généralement enregistrées (audio ou vidéo). Contrairement à l’entretien mobile, le chercheur n’intervient pas directement pendant le parcours : il observe à distance et laisse l’enquêté produire un discours spontané et continu, ancré dans l’expérience immédiate du lieu, sans poser de questions. Cette méthode permet de saisir de manière fine les relations sensibles, cognitives et pratiques à l’environnement, en captant le flux des pensées “en train de se faire”, au plus près de l’expérience vécue.


🤝 Collaborations et perspectives

Ces recherches s’inscrivent dans une démarche interdisciplinaire, en dialogue avec les sciences de l’environnement, la santé publique, la toxicologie, la biologie et le droit.
Elles visent à contribuer à une compréhension sociologique des transformations contemporaines de la “modernité chimique”.
Les projets en cours cherchent à documenter ces transformations, à nourrir le débat public et à renforcer les passerelles entre recherche académique et action collective.